jeudi 4 septembre 2008

Haïti sous les eaux

CONSEIL NATIONAL DES CITOYENS
ET CITOYENNES D’ORIGINE HAÏTIENNE (CONACOH)

HAÏTI SOUS LES EAUX :
REVUE DE PRESSE ET ÉTAT DE LA SITUATION
(3 septembre 2008)


Hanna a eu finalement pour effet de nous réveiller et de nous aider à sortir de notre torpeur. Car finalement, on se rend compte que, depuis près d’un mois, Haïti n’a eu aucun répit avec Fay, Gustav, Ernesto et Hanna, pour ne citer que ceux-là, qui ont nettement endommagé le pays, causé d’immenses dégâts et entraîné des pertes en vies humaines.

Le traumatisme causé par la tempête Jeanne il y a quatre ans, particulièrement aux Gonaïves, est encore vif et nous avons sans doute espéré que le cauchemar ne se reproduirait pas et qu’ainsi, nous n’aurions pas à nous mobiliser une fois de plus pour venir en aide, pour porter secours. Non parce que nous ne voulons pas porter secours, mais parce qu’organiser le secours de l’extérieur comme de l’intérieur est carrément problématique.

Mais au moins, faisons un premier pas : jetons un coup d’œil sur la réalité.

Qu’est-ce qui se passe exactement?

La tempête tropicale Fay est passée les 15 et 16 août sur Haïti et 7 corps ont été retrouvés le 21 sur la route Cayes-Jérémie, dans le Sud-Ouest, aux environs de la rivière Glace. Il y aurait également 3 disparus, 310 personnes placées dans des abris provisoires, 132 familles sinistrées, 120 maisons endommagées, 19 autres détruites, des plantations de bananes, de fruits et de haricots affectées et divers dégâts matériels dans plusieurs départements géographiques du pays (Source : Alterpresse du 21 août 2008). Le 17 août, 40 personnes auraient été emportées par les eaux en furie de la rivière Glace alors qu’elles se trouvaient dans un camion traversant la rivière. Des dégâts importants ont été aussi constatées à Vallue, douzième section communale de Petit-Goâve : des champs de bananes, de canne-à-sucre, de haricots et de fruits dévastés, des installations touristiques affectées, des pertes en bétail et des dégâts dans les maisons familiales. Le toit métallique du marché communautaire de Vallue s’est effondré et celui de l’église de Château a été emporté par les vents.(Source :Alterpresse du 20 août).

Le cyclone Ernesto, le cinquième de la saison, est passé sur Haïti, le 25 août et traversé la langue sud-ouest d’Haïti. Deux personnes au moins sont mortes : l’une aux Gonaïves et l’autre à l’Île-à-Vâche.

L’ouragan dévastateur Gustav, arrivé le 28 août, a touché la côte sud, particulièrement le département du Sud-Est, le plus affecté par les intempéries où 51 morts y sont dénombrés sur les 80 morts enregistrés. Il y aurait en outre 35 blessés, 10 disparus, 10376 familles sinistrées à travers le pays ainsi que d’importants dégâts matériels recensés.


Entre le 1er et le 2 septembre, plus précisément le mardi 2 septembre 2008, Hanna a fait son apparition et a particulièrement touché Gonaïves, à 171 kilomètres au nord de la capitale. Au début, il était dit que Hanna ne représentait aucun danger pour Haïti. Beaucoup de familles avaient laissé leur maison, par crainte d’une réédition des effets dévastateurs de la tempête Jeanne de septembre 2004. Beaucoup d’habitants ont passé la nuit du lundi au mardi sur des meubles ou les toits des maisons élevées. A l’aube du 2 septembre, l’eau est montée jusqu’à 3 mètres de hauteur. Et Hanna aurait déjà fait 19 morts dont 12 aux Gonaïves, 2 à Gros-Morne et 1 à Port-au-Prince (AlterPresse, 3 septembre 2008). Hanna a également touché la péninsule Sud et la zone septentrionale. Beaucoup de familles sont sérieusement affectées dans la ville des Cayes par les eaux en furie et des maisons sont effondrées. Dans le Nord-Ouest, les rivières sont en crue et la mer est très agitée. L’état d’urgence est décrété sur tout le territoire (Source : AlterPresse et Radio Kiskeya). A part Gonaïves, d’autres villes comme les Cayes, Cavaillon, Port-de-Paix, Jacmel, Plaisance et Pilate sont sous les eux suite aux fortes pluies et aux vents qui se sont abattus sur tout le territoire la journée du mardi. Dans le Nord-Ouest, les rivières en crue ont occasionné d’importantes inondations. Port-au-Prince est fortement secouée. Une partie du toit du ministère à la Condition féminine et aux Droits des Femmes aurait subi de graves dommages (Source : AlterPresse et le Nouvelliste).

Le commissaire de police de la ville des Gonaïves, Ernst Dorfeuille, déclare avoir vu une dizaine de corps flotter dans les rues inondées de la ville et le maire de cette même ville affirme qu’il est impossible d’entrer dans la ville pour le moment, car pratiquement, toute la ville est inondée. Il déclare Gonaïves en état d’urgence et lance un appel à l’aide.

L’Agence Haïtienne de Presse rapporte que le ministre de l’Intérieur et des collectivités territoriales, Paul Antoine Bien-Aimé, qui se trouvait sur les lieux admet qu’il s’agit d’une situation catastrophique. Les renforts sont obligés de rester à distance. Les premiers ministres -sortant et ratifié- ont dût rebrousser chemin suite à l’impraticabilité des routes et des dangers.

La même situation inquiétante prévaut également dans plusieurs autres régions du pays, notamment aux Cayes (196 kms de Port-au-Prince) avec les crues de la Ravine du Sud et des Rivières L’Islet et ‘’Madan Samdi’’ qui ont envahi la Nationale à l’entrée de la ville et emporté des maisons. D’autres rivières de la côte sud sont également en crue comme la rivière Grand Passe à Port-à-Piment, la Rivière Mulet aux Anglais. L’étang de Miragoâne a envahi la nationale No 2. Au moins 6 morts ont été recensés et plusieurs personnes disparues. (Source : Agence Haïtienne de Presse). Des régions du Nord et du Nord-Ouest ainsi que la ville de Saint-Marc sont également frappées par des inondations.

Au cours de la soirée du 3 septembre 2008, Ayiti.com rapportait le bilan partiel de la direction de la protection civile :37 morts dans l’Artibonite dont 21 aux Gonaïves, 7 à Gros-Morne, 2 à Marmelade, 7 à Saint-Marc; dans le Sud, 11 morts, dans l’Ouest, 12 morts; dans les Nippes, 1 mort.

Et d’autres tempêtes s’annoncent (Ike, Joséphine et Karina)


Comment les secours se sont-ils organisés jusqu’ici?

Depuis Gustav, des opérations d’assistance ont débuté en certains points du territoire d’Haïti avec des distributions de plats chauds aux personnes abritées provisoirement. Une partie du budget d’1 million de gourdes, allouée par département géographique pour faire face aux intempéries, doit aussi financer les funérailles des personnes décédées. Le Sud-Est, très affecté aurait reçu une enveloppe supplémentaire de 500 mille gourdes. A Cité-Soleil, un certain nombre de familles affectées ont été pourvues en rations de nourriture, surtout des plats chauds.

Plus de 6.000 personnes seraient en train de recevoir des produits alimentaires fournis par le Programme Alimentaire Mondial (PAM) surtout dans le Sud. Le PAM s’est semblé joindre à la branche nationale du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (UNICEF) pour assister les populations touchées. Le PNUD dit avoir contribué à limiter les dégâts de l’ouragan Gustav, à travers l’exécution de projets de collecte et de recyclage des ordureS dans des bidonvilles. L’agence des Nations Unies a envoyé des équipes d’évaluation à Port-au-Prince, Léogâne, Grand Goâve et Petit-Goâve. (AHP, septembre 2008)

Le Gouvernement de Taïwan a annoncé une aide de 100 millions de dollars américains.

En ce qui a trait à Hanna, les responsables de la Protection civile disent mobiliser toutes leurs structures pour venir en aide à la population en évacuant plusieurs dizaines de personnes avec l’aide d’autres organismes étatiques et de la société civile. Ils appellent aussi la population à la vigilance. Toutes les opérations de cabotage et de transport aérien sont suspendues.

Aux Gonaïves, les patients de l’hôpital la Providence, complètement inondé, ont dû se réfugier dans la maison des résidents et la morgue aurait été vidée de son contenu. A l’Avenue des Dattes, la rue Jean-Jacques, les quartiers de Trou Sable, Asifa, Lòtbò Kannal, les habitants n’ont d’autres choix que se réfugier sur les toits des maisons. Des centres d’hébergement sont ouverts au Collège Sainte-Famille, le Lycée des Jeunes Filles (Bigo), au lycée Fabre Geffrard à Descahos. La cathédrale est ouverte pour accueillir les personnes en difficulté. Les rescapés n’ont ni eau ni nourriture. Et de fortes pluies continuent à se déverser sur la ville.(AHP)

Selon toute vraisemblance, les effets de Hanna seraient aussi dévastateurs pour Gonaïves que Jeanne en 2004.

Que pouvons-nous faire?

Des appels à la solidarité sont déjà lancés par des compatriotes d’ici et d’ailleurs? Pouvons-nous dépasser les cicatrices laissées par la mauvaise gestion de la tempête Jeanne et nous dire que nous pouvons encore faire quelque chose? Que pouvons-nous? Que pouvons-nous faire? Que pouvons-nous faire ensemble, nous de la communauté Haïtienne au Québec et au Canada? Comment, entre nous, ensemble, pouvons-nous sensibiliser nos réseaux, pour que la solidarité s’organise?

Lors de la tempête Jeanne, une des stratégies gagnantes utilisée fut celle que pratiquent depuis toujours nos compatriotes : celle d’offrir du support aux familles proches, aux amis, aux connaissances par l’envoi d’argent, de denrées alimentaires, de produits de toutes sortes. Que chaque organisme communautaire encourage ses bénéficiaires, ses membres, ses alliés à s’informer sur la situation de leurs proches et connaissances en Haïti et posent des gestes individuels concrets. Et si tout le monde se passe la consigne, les 130 mille citoyens et citoyenne d’origine haïtienne qui se trouvent au Québec et au Canada aideront au moins plus de 500.000 compatriotes haïtiens vivant en Haïti à se remettre debout un peu plus vite après cette catastrophe.

Que pouvons-nous faire? Pouvons-nous faire quelque chose? Bien sûr que oui. Sans bruit, sans compte. Mais…. fidèlement et solidairement.